
Chef de bord depuis des lustres au Club de Croisière d'Île de France (vwvw.ccif.org), Alain Gicquel enseigne la voile toute l'année et supervise des croisières toutes destinations, de l'Ecosse à la Grèce en passant par la Bretagne et les Antilles. « En croisière comme en école, le chef de bord doit être humain, compétent et pédagogue, nous dit-il d'entrée de jeu. Je suis, il est vrai, assez autoritaire parce qu'il faut se faire respecter, faire admettre que, sur un bateau, il n'y a qu'un chef de bord. Cela dit, je n'ai pratiquement jamais eu à régler de conflits. L'important pour les éviter consiste à toujours parler, expliquer, encourager rassurer. Il est parfois difficile de gérer la peur dans le gros temps, d'autant qu'elle mène inexorablement au mal de mer. Si l'équipier malade a une bonne expérience, je lui passe la barre. Cette responsabilité le distrait de ses appréhensions. Le plus dur à gérer, ce sont les "passagers", ces gens qui ne viennent en croisière que pour le plaisir de se trouver sur un bateau. Ce sont en général ceux qui critiquent le plus et il m'arrive alors de hausser le ton. Il faut dire qu'autrefois les personnes qui voulaient s'initier à la croisière avaient déjà fait du dériveur. Aujourd'hui, le niveau zéro, c'est vraiment zéro, d'où ces cas de stress, voire de panique quand ça commence à gîter et secouer sérieusement. » Autoritaire certes, mais aussi observateur et psychologue, Alain affirme que c'est dans le mauvais temps que se révèle le caractère des équipiers et peut disserter longtemps sur le bonheur d'avoir un bon équipage. « Pour moi, lance-t-il, un bon équipier c'est quelqu'un qui bouge, aussi bien en haut qu'en bas. C'est un actif qui n'attend pas les ordres pour préparer les pare-battage et les aussières quand on arrive au port. »
Propos recueillis par Emmanuel de Toma
Article paru dans Bateaux n°640 septembre 2011
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